Le désordre des êtres est dans l'ordre des choses...

Publié le par dixmoisailleurs

  Le décor est posé mais rien n'est comme on l'imagine, et c'est le plus passionnant !

 

Embarquée pour une retraite hors du temps,  pour avoir le temps de reflechir,  de penser à ce que je viens de vivre, pour me rehabituer à ce que je vais retrouver, pour avoir le temps de ne rien regretter et de tout désirer à nouveau...

Désir d affronter la mer, qui me fascine autant qu'elle me fait peur.

Désir de m'affronter seule, sans but, sans "voyage" pour excuse, envie de faire le point sur ce que m'a révélé de moi meme ce voyage.

 

Pour ce qui est du temps, je "démaitrise" maintenant completement cette notion d'absence complete de repere , ce flottement qui fait que je ne sais jamais quel jour ni quelle heure on est ! Assez déroutant au début du voyage, maintenant j'aime cet état ; et cela ne me perturbe plus du tout d'être obligée de reflechir quelques minutes, ou de demander autour de moi, la date et l'heure si besoin. J'avais deja abandonné la montre à Paris quand cela n'etait pas necessaire. Je n'avais donc pas d'apprehension face aux 18 jours de mer annoncés, je trouvais meme cela un peu court avant d'y être !

 

Je ne pensais pas tomber amoureuse... , ressentir à nouveau des sentiments charnels forts pour ... un élément ! pour tout cet environnement "hostile", désertique, immense, puissant et caressant ! Comment ne pas craquer ? cela fait bien longtemps qu'un homme ne m'a pas fait cet effet là, mais toutes les sensations ressenties par le passé lors de mes coups de passion ; je les retrouvent à l avant du bateau, seule face à l'immensité, caressée par le vent, les vagues, le silence. Je suis bouleversée par les sentiments que j'éprouve "toute seule" et passe de plus en plus de temps chaque jour à mes postes d'observation, variés selon le temps et le vent.

 

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J'attends, mais je ne sais pas ce que j'attends. J'espere m'embeter, quelque chose qui me donne envie de remonter, mais seul l'état de congélation avancé de mes pieds nus et de mon nez m'obligent à rentrer dans la cabine, pour rester des heures sous une douche chaude, me rhabiller et redescendre ! Et la mer me le rend bien ! Nous sommes deux dans cette histoire d'amour ... Elle s'est parée, elle est sublime, bleue, dorée, profonde, caressante, douce, salée, elle brille et scintille comme la tour eiffel, juste pour moi !

 

 

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Elle me fait rire, avec les dauphins et les poissons volants, elle est accueillante avec cette gigantesque baleine qui longe le bateau en surface et attend patiemment d'être juste "à cote de nous" pour plonger.

Elle est douce pour ce début de relation amoureuse, et reste tendre, n'affronte pas le bateau, et n'entend pas mes prières de se dechainer un peu pour me faire peur. Joueuse dans l'atlantique, elle s'est fait toute petite dans le golf de Gascogne, pourtant réputé pour son agitation ! L'équipage était ravi de tant de calme, moi pas !

 

 

Je ne pense meme pas quand je la regarde, je me laisse emporter ! Memes sensations que dans le désert, la souffrance en moins, le confort en plus !

 

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Aaaahhhh, qu'elle est belle, non ?!

 

La mer m'a toujours terrorisé, mais sur le cargo je n'ai jamais peur. Cette énorme enveloppe metallique me rassure, me protège. Mieux, elle m'excite ! J'adore les vibrations de mon lit la nuit, je réagis à chaque changement de régime du moteur, je me pame quand le bateau "frissonne" aux coups des containers qu' on charge ! C'est l'addition des deux "titans" qui me provoque tout cet amour, c'est la force du bateau qui dompte la puissance de la mer. Il n'y a rien de féminin dans cet environnement, contrairement au désert où les dunes ressemblent aux courbes douces du corps des femmes.

 

Bon, j'en aurai presque oublié mon lumbago ! Qui m'a quand meme pourri la vie pendant 5 jours car les incessants escaliers pour se deplacer le titille...  Ca ne m'empeche quand meme pas de devenir experte :

  • en vol de mouettes (14 sont restées en vol plané a l'avant pendant plus de 2 heures, avec une économie de battements d'air remarquable, un ballet silencieux magnifique alors qu on etait au milieu de nulle part),
  • en connaissance des vagues, du sens du vent, de la petite houle, de la mer d'huile ou on voudrait faire du ski nautique meme en pleine mer
  • en observation de la courbure de la terre (ou plutot de l'horizon !), des changements de couleur, apercu des bateaux au loin (au debut je ne voyais rien, l'équipage tout, puis au bout de quelques jours meme sans jumelles je detectais bateaux et respiration en jet des baleines !), du sable dans ma cabine apporté par le vent du sahara, d'un bateau à voile fantome doublé dans la brume, comme the flying dutchman, en approchant de la France
  • en fonctionnement de tous les radars et ordinateurs pour diriger le "vaisseau" (in english vessel, it is NOT a ship !), en lecture des cartes, en tracé, en passage de l'équateur, en reconnaissance des autres vessels,...
  • en "dégivrage" d'officiers russes ( ca m'a pris du temps, mais certains arrivaient à sourire et à se lacher un peu à la fin de mon séjour, je suis pour la glasnosk !) mais aussi en retenue pour ne pas perturber la discipline toute militaire qui regnait ( je ne balladais pas ma cellulite à la vue de tout le monde pour aller à la piscine par exemple ... ce qui ne m'empechais pas de reluquer leurs corps d'athletes quand les officiers se baignaient !)
  • en cuisine meme quand ca bouge ( ca vous le saviez déjà, mais j'ai reussi à faire mon gateau au chocolat pour les 24 hommes, qui l'ont dévoré malgré la margarine, le cacao en poudre et les pistaches à la place des amandes !)
  • en chansons de Johnny ( le bonheur de hurler "que je t'aime" et "donnez moi l'envie" dans la fureur de la trace à l'arriere, sans personne pour me critiquer...) meme si les matelots philipins rigolaient en douce quand ils devaient passer par là
  • en dégustation de crepes au nutella, que je pouvais avoir tous les matins( après les oeufs au bacon), quelque soit le roulis ou le tapage du bateau
  • en fermeté de mon petit derriere malgré les crepes, et ce grace aux 9 étages à monter et descendre pour aller de la terrasse du haut au pont plusieurs fois par jour

Vous l'aurez compris, c'etait mon PREMIER voyage en cargo...

 

Je sais, comme pour tout ce voyage, j'ai eu de la chance ! chance d'etre sur un cargo qui n'a que 5 ans, magnifique, chance d'avoir eu cet équipage ( mais un autre passager m'a dit qu'il y en avait de plus "rigolos" avec qui on faisait des barbecues et qui descendaient aux escales faire la fete) car j'aime entendre parler russe et les philippins sont adorables (mais peu de contacts avec ceux qui ne sont pas officiers). Chance d'être la seule femme à bord. Chance d'avoir eu - encore - une météo exceptionnelle, de ne pas avoir été malade !

 

Mais est-ce toujours de la chance ? moi je voulais plus de jours; je voulais une grosse mer, du mauvais temps, je voulais en baver un peu pour ne rien regretter ...

 

Et comme je ne peux pas vivre sans rêve et projet, le prochain départ sera surement pour retourner à Valparaiso, par le canal de Panama, 25 jours de cargo pour l'aller, 50 jours pour la boucle... ! Je n'ai pas assez souffert au retour, il m'en faut plus !

 

Mes "6 mois ailleurs" se sont finis de la plus belle façon qui soit, et j'espere au plus vite faire un nouveau blog "50 jours en cargo". J'ai envie de repartir pour le plaisir de tracer la route et rien d'autre !

 

A l'année prochaine peut etre...!

 

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